Les idées reçues sur le marché de la japanimation : le studio MAPPA

Ces dernières années, le studio MAPPA a connu une popularité grandissante, notamment parce qu’ils enchainent les projets, et souvent avec des manga très populaires. Cette stratégie délibérée a réellement porté ses fruits suite à la prise en charge de l’adaptation de l’Attaque des Titans. Dès lors, le studio s’est attiré énormément de fans, mais aussi bon nombre de détracteurs. Le principal problème de cette stratégie, c’est qu’elle surfe sur la surproduction actuelle de l’industrie de la japanimation, et qu’à une époque où les animateurs sont encore plus mal considérés qu’avant, toujours aussi sous-payés et fuient la profession, ce n’est pas une position viable sur le long-terme, ni une image à renvoyer auprès du public. Or, on entend souvent tout et n’importe quoi dans les discussions, la faute à une méconnaissance des coulisses. Je vous propose donc qu’on fasse un petit ménage dans les idées reçues portant sur le studio, l’occasion de remettre en lumière les problèmes actuels de l’industrie et des studios en général.

Du moment que les animes sont en bonne qualité

En bref : Ils ne le sont qu’en surface.

Le problème des productions Mappa, c’est qu’elles apparaissent souvent très bonnes au premier abord, alors qu’en réalité tout est sur le point de s’effondrer en coulisses. Le studio s’est d’ailleurs fait une spécialité de cacher ces défauts sous le tapis, en recourant massivement à de la main d’œuvre supplémentaire, que ce soit pour avoir plus d’animateurs et ainsi répartir plus facilement les séquences, ou en comptant sur plus de directeurs de l’animation afin de refaire les séquences bâclées faute de temps. Seulement, même si ces défauts ne sont pas apparents, cela ne signifie pas qu’ils n’existent pas. Diffusé la saison dernière, Takt Op aura été un exemple particulièrement frappant, dans le sens où l’animé était coproduit par Madhouse et Mappa. Or, les épisodes réalisés par ces derniers étaient nettement moins propres, et on pouvait constater dans les crédits un nombre de directeurs de l’animation ahurissant, signe d’une production calamiteuse et au bord de l’implosion.

Qu'ils leurs donnent de bonnes conditions

En bref : De bonnes conditions sont incompatibles avec une surproduction.

Le studio Mappa de ces dernières années s’est bâti sur la philosophie de produire toujours plus en gardant la meilleure qualité possible. Or, le nombre d’animateurs au Japon (et dans le monde) n’est pas illimité. Et pour obtenir des productions de qualité, il faut laisser le temps aux animateurs de peaufiner les séquences sur lesquelles ils travaillent, mais également engager en priorité des animateurs déjà formés. Ainsi, embaucher la moindre personne qui indiquerait « animateur » dans sa bio Twitter n’est déjà pas une bonne approche, mais vouloir poursuivre dans la voie de la surproduction ne permet tout simplement pas de leur fournir de bonnes conditions de travail.

c une culture différente là-bas les gens sont plus des bosseur qu’ici après si c vraiment invivable même pour eux ils ont toujours un truc qu’il s’appel là d’émission tsai le truc la qui leur permet de quitter le travaille

En bref : On ne se réoriente pas si facilement au Japon.

Même si ce système tend à changer depuis quelques années, les recrutements dans les entreprises se font généralement à une période bien précise : le printemps. En fait, les entreprises se calent sur les cursus scolaires des universités pour ainsi recruter de jeunes étudiants dès leur diplôme, certaines boites allant même carrément sur les campus pour dénicher de futures recrues. Une reconversion n’est donc déjà pas aisée, mais en plus, quand on a travaillé dans le même domaine depuis des années et qu’on ne connait que ça, vers quoi se tourner ? Et quitte à prendre un job alimentaire, mieux vaut rester dans quelque chose qui nous passionne à la base. D’autant qu’un animateur qui commence en bas de l’échelle mais parvient à s’accrocher peut aspirer à devenir plus tard réalisateur, directeur voire chara-designer, ce qui reste une motivation non négligeable…

Il faut comprendre une chose la culture japonaise est très différente aux autres pour eux travailler quitte à se bousiller pour une très bonne qualité ils n'ont pas de problème et c'est pas que les studios d'animation mais tout les entreprises, c'est le Japon tout simplement

En bref : Les japonais eux-mêmes ont conscience que c’est un problème.

Le Japon est tristement célèbre pour ses fréquents de cas de surmenage au travail du fait de trop nombreuses heures supplémentaires. Malgré la politique du gouvernement en ce sens, il s’agit d’un problème sociétal bien ancré et difficile à résoudre. Dans une société aussi centrée sur le collectif, sortir du lot n’est jamais bien vu, et c’est par peur d’être le mouton noir que beaucoup rechignent à prendre la totalité de leurs congés, acceptent toutes les tâches qu’on leur confie, ou restent à travailler jusqu’à des heures impossibles. Or, les environnements de travail des animateurs ne sont pas différents, et s’ils se retrouvent à bosser de nombreuses heures supplémentaires, c’est bien parce que des contraintes les y poussent. Que ce soit la solidarité avec l’équipe, la peur d’être blacklisté, le manque de temps pour chercher ailleurs, le manque d’opportunités pour se reconvertir…

à croire c'est le seul studio à faire ça

En bref : Non, mais…

La majorité des studios ont du mal à joindre les deux bouts financièrement. C’est même l’excuse qu’a invoqué le président d’Ufotable pour justifier de la fraude fiscale qu’il avait commise. Difficile de dire s’il était sincère, mais il y avait sans aucun doute un fond de vérité. Selon le modèle actuel, un studio n’est qu’un contractant à qui on commande un produit. Il n’investit que rarement dans le projet, et ne touche donc que son cachet pour le travail fini. Si ce montant n’est pas assez élevé (et c’est souvent le cas), il se retrouve à enchainer les projets, et ses animateurs avec. Mappa est évidemment dans ce cas-là, cependant son directeur a été jusqu’à affirmer que la situation était une opportunité plus qu’un problème. Sachant que c’est précisément la même mentalité que celle des investisseurs qui enchainent les commandes d’animés sans se pencher une seule seconde sur les conditions de travail des studios à qui ils les demandent, inutile de dire qu’il y a de quoi condamner pareils propos.

On s'en fout après si ils veulent pas travailler pour mappa ils ont qu'à pas travailler

En bref : C’est une possibilité, mais pas un choix facile pour autant.

Sachant que c’est l’ensemble de l’industrie de la japanimation qui est dans cet état de délabrement, il est assez facile d’imaginer quelle mentalité habite ceux qui font ce choix. Vous êtes fan d’animation japonaise, vous aviez toujours rêvé d’y travailler, vous avez enfin cette possibilité, et vous allez même bosser sur des oeuvres comme Jujutsu Kaisen, SNK ou Chainsaw man… Inutile de dire que refuser après avoir été contacté n’est pas forcément une évidence.

Mappa est un des studios qui se bougent le plus pour leurs employés (hausse de salaire, nouveaux locaux, staff différent pour chaque partie de Snk)

En bref : Les animateurs n’en profiteront pas.

Un animateur travaille généralement en freelance depuis chez lui. Il est très rare que des studios aient des locaux réellement destinés à les accueillir. Et quand bien même ce serait le cas, à une époque où il est possible d’envoyer sa séquence depuis l’autre bout du Japon (et même du monde entier), inutile de dire qu’une bonne majorité des animateurs vit tout simplement beaucoup trop loin pour en profiter. Quant aux hausses de salaire, c’est tout simplement incompatible avec une augmentation du nombre d’animateurs pour tenir les délais imposés par le trop grand nombre de projets sur lesquels le studio s’engage.

Je m’en bat les couilles tant que je peux voir les anime

En bref : Alors, profitez tant que c’est possible.

Outre le fait que c’est précisément la même mentalité que les investisseurs qui ne voient dans l’animation qu’un moyen supplémentaire de gagner de l’argent en engageant peu de frais, cette tendance entraine la décadence de l’industrie. Sans remise en cause complète du système, il est désormais clair que les animés tels qu’on les connait actuellement n’en ont plus pour très longtemps. Les animateurs fuient la profession, ceux qui ont déjà un pied dedans ne peuvent pas créer de cohésion de groupe car ils travaillent en microcosme, de moins en moins de jeunes veulent rejoindre l’industrie, ils ne sont plus formés car les équipes sont éclatées un peu partout… Ainsi, attendez vous à ce que les animés de demain ressemblent à des powerpoints comme La voie du tablier, ou des productions désastreuses comme les dernières saisons de Seven Deadly Sins.

Et c’est là le côté véritablement retors de cette stratégie. En se créant, une base de fans solide grâce à ces nombreuses adaptations populaires, le studio MAPPA noie les critiques dans la masse. En réalité, quand un studio a aussi peu de considération pour ce qu’il réalise, c’est vers le boycott et le bashing que devraient se tourner les spectateurs (et c’est valable avec n’importe quel studio). Pour une entreprise qui capitalise sur ses produits, rien n’est plus terrible que de voir des consommateurs s’en détourner.

Sources : Wikipédia, BBC, Crunchyroll, Anime News Network

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