Edito – Lee vs Gaara, la mélancolie du ninja

Dans la communauté manga/animé, quand les gens pensent à combat dans Naruto ils pensent à Naruto contre Sasuke, Obito contre Kakashi ou encore Madara contre l’armée shinobi. Néanmoins parmi tous ces grands combats, il y en a un qui a marqué les gens profondément par la surprise qu’il a créé : Rock Lee contre Gaara.

Evidemment les premiers arguments qui ressortent sont visuels tant le travail de Norio Matsumoto en animateur clé fut phénoménal. La surprise, citée précédemment, est selon moi le second grand argument expliquant le succès de ce combat aux yeux du grand public. On ne s’attendait pas à un affrontement aussi impressionnant pendant des éliminatoires, les deux ninjas ressortaient comme les plus puissants de tous.

Pendant longtemps je limitais mon appréciation et analyse à ces deux critères, mais ayant développé un meilleur esprit critique je trouve que ce combat s’intègre dans une logique narrative cohérente mais aussi très pertinente dans les problématiques du ninja qui sont introduites au début de Naruto. Nous allons donc voir en quoi ce combat entre Gaara et Lee constitue à la fois la passion et le cauchemar du ninja ainsi que l’impact qu’il a pu avoir sur le personnage de Naruto.

Deux styles de combats bien marqués

Ce combat entre Lee et Gaara est certainement celui qui opposait les styles les plus différents de tous.
D’un côté Rock Lee pratique le taijutsu (combat au corps à corps) de manière très offensive avec une stratégie basée sur sa vitesse et sa force physique. N’ayant aucun talent pour le ninjutsu et le genjutsu, Lee priorise l’entrainement intensif et rigoureux afin d’avoir un corps doté d’aptitudes physiques hors normes afin de surpasser son handicap.

De l’autre nous avons Gaara du désert, ninja basant sa puissance sur le sable se caractérisant par sa létalité extrême. Une fois piégé dedans la mort devient inévitable et la série n’a pas manqué de nous le montrer au cours de l’épreuve précédente. Néanmoins, ce qui caractérise le plus Gaara c’est sa défense de sable réputée par ses camarades comme étant imprenable en soulignant le fait qu’il n’a jamais été blessé.

On peut clairement définir que l’affrontement se basera sur un attaque-défense et la capacité de Lee à briser la défense de Gaara. La logique de la majorité des spectateurs sera de soutenir la stratégie offensive nettement plus emballante d’un point de vue du spectacle que la défense totale. De surcroit, la manière de combattre de Lee avec sa vitesse surpassant clairement ce qu’on avait pu voit précédemment ainsi que la manière dont il emmène le combat dans les airs fini inéluctablement par nous rappeler un combat digne de Dragon Ball. Cette association de Lee avec le style Dragon Ball est renforcée par le fait que de tous les ninjas il est celui avec la tenue rappelant le plus celle d’un combattant d’arts martiaux. C’est d’ailleurs bien Lee qui dicte le déroulement du combat car les phases de transition se font à travers lui :

Acte 1 : Lee ne parvient pas à surprendre et affaiblir Gaara.
Acte 2 : Lee retire ses poids et le combat prend une autre dimension, malgré tout bien qu’il semble en acculé, Gaara n’est pas pour autant réellement en difficulté.
Acte 3 : Lee brise ses limites en ouvrant la quatrième porte et inflige des coups bien plus rapides et puissants à Gaara qui apparaît complètement débordé.
Acte final : Dénué de force Lee est vaincu.

Oui, la folie l’emporte, aux yeux des lecteurs/spectateurs, Lee écrase la stratégie défensive et peu emballante de Gaara. C’est ça le ninja, un guerrier dominé par une volonté forte qui lui permet de surpasser n’importe quel adversaire…mais est-ce aussi simple que cela ?

Son implantation dans la thématique du raté

Ce qui est particulièrement mélancolique dans l’affrontement c’est bien sûr le fait que Lee a des choses à prouver. C’est son idéal de ninja qui est remis en cause.
Son idéal se caractérise par sa volonté intrinsèque de montrer que même dénué de talent pour le genjutsu et le ninjutsu on peut devenir un grand ninja.

Dans un premier temps, Kishimoto nous donne l’illusion que son idéal touche au but. En effet le mythe de l’invincible Gaara réputé comme intouchable est littéralement renversé par les assauts de Lee. L’effet de surprise recherché est réussi, on ne s’attendait pas à ce que Lee puisse atteindre ce niveau de force, mais le spectateur n’est pas le seul.
En effet, les personnages sont tout autant choqués par la vitesse de Lee, Gaara le premier qui nous offre pour la première fois une expression de panique et de peur. Neji lui aussi qui incarne l’antithèse de la pensée de Lee est complètement bousculé par la montée en puissance de ce qui devait être un raté. Son style de combat colle parfaitement dans l’idée que le raté doit surpasser ses limites, les ouvertures des portes symbolisant de manière très imagé la progression et les dégâts que doit endurer Rock Lee.

La défaite par ailleurs trouve un lien fort avec la thématique, le raté ne peut considérer briller et se rapprocher du génie sans en subir les conséquences.

Il est également important de mettre en avant la narration de Kishimoto. Le combat se situe peu après le celui opposant Neji à Hinata, un affrontement ayant un lien fort avec cette thématique. Ce combat a donné raison à la vision antagoniste de Naruto, celle qui veut qu’un génie, de naissance, sera toujours supérieur à un raté.

La métaphore de la chute, du retour à la réalité

Elle devait être l’aboutissement de ce festival de Lee, la consécration, de ses mots même son « ultime technique », pourtant, cette chute n’est pas tant un coup dur pour Gaara qu’un brutal retour à la réalité pour Lee, Naruto et le spectateur.
Malgré tous les coups portés, malgré la puissance de Lee, Gaara restait simplement « fissuré ». Il s’en dégage une impression que, malgré ses efforts, Lee ne réussira jamais à franchir le palier et briser l’armure de Gaara. Ce désespoir est renforcé par le visuel : Rock Lee de tous les personnages est celui avec les expressions faciales les plus marquées et simple à interpréter. Sa passion est envoûtante et le désespoir qui se lit sur son visage est tout autant destructeur tant il est aux antipodes de tout ce qu’on a connu du personnage.

La défaite est là, la théorie défendue par Neji du génie qui possède des attributs qu’un raté ne pourra acquérir se retrouve renforcée. Le coup est à la fois dur pour Lee mais aussi pour Naruto qui après Anko est de nouveau confronté à une remise en question de ses idéaux de détruire la pensée de Neji.

Lee représentait un modèle pour Naruto, il suffisait de voir la réaction de ce dernier quand il l’a vu à terre. Lee est en quelque sorte une version avancée de ce que Naruto devra faire pour progresser notamment l’entrainement intensif afin de prouver sa valeur. Sur tous les points, Lee était largement plus exemplaire que notre protagoniste ce qui rend cette chute d’autant plus violente et renforce la pression qu’a pu avoir Naruto. Finalement, dans ce monde ninja, peu importe les efforts il ne faut pas partir du fait qu’ils seront forcément payants, l’arc Zabuza nous l’avait montré et le cas de Lee nous le confirme : le monde ninja est injuste. Naruto doit donc, dans son rôle de héros renverser la tendance, car la défaite de Lee n’est aucunement une finalité pour Kishimoto mais une mise en place d’enjeux pour conclure l’arc à merveille.

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