Sword Art Online Alicization : Machine heart and Human soul

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion de lire le dernier tome de l’arc Alicization de SAO avec sa parution française. Après plus de 3 ans de parution et un total de 5 doubles tomes, c’est l’arc le plus conséquent et le plus ambitieux de la franchise qui est arrivé à son terme. Revenons ensemble sur tout ce que cet arc avait à offrir, pour le meilleur et pour le pire.

Cet article spoil l’intégralité de l’arc Alicization en LN, ne le lisez qu’après avoir terminé ce dernier ou si les spoilers ne vous dérangent pas.

Je vais le dire d’entrée de jeu, je pense qu’Alicization est d’assez loin le meilleur arc de SAO. Et ça s’explique d’abord par sa longueur ! Avec 5 doubles tomes contre 1 pour les autres arcs, celui-ci a largement plus de temps pour créer et développer son univers ainsi que ses personnages. Mais c’est aussi une sorte d’aboutissement pour l’oeuvre qui évoque enfin frontalement les thématiques qui sont un peu dans le fond depuis le début, comme notre rapport à l’IA et aux mondes virtuels.

La lecture de chaque tome a été un véritable plaisir et je suis vraiment content de constater que malgré tout ce qu’on peut en dire, Kawahara n’a de cesse de s’améliorer, même au cours de l’arc lui-même. Ça peut paraître bête mais une bonne partie de l’histoire est écrite alors à la 3e personne afin de prendre le point de vue d’autres personnages que Kirito, et que ça fait du bien ! Non pas que je n’apprécie pas notre protagoniste, mais cette multiplication des points de vue permet enfin d’avoir des personnages secondaires qui existent réellement, protagonistes comme antagonistes. C’est d’ailleurs cocasse de se dire qu’on a plus de développement voire d’empathie pour des personnages comme Higa ou Rinko que pour les compagnons de toujours que sont Lizbeth, Silica, Agil et Klein.

Il y a d’ailleurs un passage très chouette du point du vue de la petite araignée Charlotte !

Mais reprenons depuis le début. Alicization commence de façon intéressante par une longue introduction qui pose les bases de l’histoire à venir, pour ensuite prendre un tournant mystérieux avec Kirito qui se retrouve, sans savoir pourquoi, dans ce monde hyper-réaliste qu’est l’Underworld. J’aime beaucoup cette entrée en matière parce qu’on sent tout de suite que cet arc sera complètement différent des précédents et qu’il fait en sorte de poser son univers avec ses propres codes. Ce qui va d’ailleurs se confirmer par la suite avec la découverte de ce fameux Underworld et de son fonctionnement.

Et puis il y a le bro Eugeo. C’est déjà chouette d’avoir un personnage masculin qui accompagne Kirito mais en plus je trouve que c’est un personnage très attachant. Il souffre d’être dans l’ombre de son ami mais il y a quand même une belle relation presque fraternelle entre les deux et son évolution de « personnage n’ayant aucune confiance en lui » à « chevalier qui se sacrifie pour ses amis » est très satisfaisante.

De zéro en héros

Après moult péripéties incluant bûcheronnage, gobelins et tournoi d’épée (#MakeZakkariaGreatAgain) arrive le passage à l’école de chevaliers. Et là ça devient un peu compliqué. Parce que j’aime bien cette partie (j’aime bien toutes les parties en réalité) mais il y a Raios et Humbert. Et c’est compliqué. SAO a toujours eu du mal avec ses antagonistes et on se retape une scène de tentative de viol vraiment violente. Alors ok l’idée c’est de montrer que les nobles se croient tout permis mais soyons honnêtes : c’est nul. Genre vraiment c’est pas bien et je vous assure que les fans de SAO n’apprécient pas ce genre de scène. C’est pour ça que je considère qu’on a là un des moments les plus faibles de tout Alicization. Tous les passages de vie à l’école de chevalerie sont sympathiques mais pas extrêmement marquants et Kawahara retombe dans ses vieux travers, sale ambiance.

Heureusement arrive ensuite la montée de la tour qui est peut être mon passage préféré de tout l’arc. D’une part, je trouve très chouette l’idée de monter la tour et d’affronter les chevaliers avec leurs particularités. Simple mais efficace ! Et d’autre part, on a finalement des explications sur ce monde et sa dirigeante : Administrator/Quinella. Car parlons-en de Quinella, quel merveilleux personnage ! Très charismatique, elle profite en plus d’être enfin un antagoniste qui n’est pas un psychopathe violeur méchant pour être méchant. Elle a une backstory, et c’est aussi un personnage qui n’est pas fondamentalement malveillant sans raison. Elle a une sorte de complexe de Dieu et bien qu’elle ait manipulée les chevaliers, elle ne les maltraite pas gratuitement et fait tout de même en sorte de défendre son monde. Ça reste une antagoniste bien entendu, elle fait quand même de sales coups, mais c’est un personnage que je trouve réussi et qui fait du bien après tant d’échecs.

J’ai toutefois quelques réserves sur le combat final. S’il est globalement très réussi et a de très belles scènes, il en fait peut être un peu trop en tuant un à un nos personnages. Le problème, c’est qu’à la fin la mort de Charlotte se fait éclipser par celle de Cardinal, qui elle même se fait éclipser par celle d’Eugeo. M’enfin ça reste un passage très marquant, épique et touchant.

Et puis il y a une autre scène de tentative de viol haha.
Haha.
Smiley qui pleure.

Heureusement ça ne dure pas longtemps et on termine sur l’un des cliffhangers qui m’aura le plus donné envie de balancer mon bouquin tant il fut frustrant de ne pas avoir la suite. Quelle vie.

Tiens il pleut aujourd’hui

Ensuite vient la guerre de l’Underworld, et il y a de quoi dire sur cette partie. Dans un premier temps je trouve assez intéressant le début où l’on suit la vie d’Alice s’étant retirée avec Kirito devenu un légume. Pour le coup il est véritablement mis de côté pour un bon moment ce qui nous permet d’avoir un regard plus global sur la situation, et j’ai été particulièrement touché par ce passage où Alice désespérée songe à s’ôter la vie. J’en ai peu parlé mais Alice est à mon sens l’une des réussites de cet arc, même si je trouve très dommage de l’avoir rendue amoureuse de Kirito. Autant je peux comprendre pour Lonie et Tizée parce que c’est un amour adolescent combiné à de l’admiration, autant pour Alice je ne comprend pas l’idée. Son personnage n’en a pas besoin, au contraire ça vient mettre un peu à mal son côté femme forte, et l’intérêt d’ajouter un love interest à Kirito m’échappe aussi. Elle reste néanmoins un personnage charismatique et touchant, et c’est probablement le plus important.

On profite aussi de ce passage pour nous montrer le fameux Dark Territory, cet ennemi indéfini qui menace le Monde des Hommes. Et Kawahara a la bonne idée « d’humaniser » ces personnages en les montrant comme non pas des monstres sanguinaires mais plutôt comme les habitants d’une autre contrée qui ne sont pas tous en faveur de la guerre. Bon certains sont effectivement de bons gros monstres sanguinaires mais il faut de tout pour faire un monde ?

Et pendant ce temps, Alice brûle les hérétiques

Puis arrive l’antagoniste principal de cette partie de l’histoire : Gabriel Miller. Et là malheureusement on est face à l’une des mes plus grosses déceptions de cet arc. Pourtant j’aimais bien l’idée de base : un personnage froid et calculateur qui sacrifiera tout le monde sans remords pour récupérer Alice. Sauf que bien vite son personnage s’effondre en devenant à peine plus qu’un psychopathe obsédé par un personnage féminin et qui dispose de pouvoirs extrêmement puissants un peu sortis de nulle part comme aspirer les Incarnations et les âmes tranquillement. C’est pas fondamentalement illogique (ça respecte les codes mis en place par l’univers), et ça donne un bon affrontement final (j’y reviendrais) mais on se retrouve finalement avec un méchant très méchant qui profite seulement d’avoir des pouvoirs très OP, c’est dommage !

A côté de l’autre antagoniste de l’arc, Vassago aka PoH est un peu plus intéressant. Bon c’est encore un peu un méchant psychopathe un peu gratuit, mais je pense que c’est le mieux réussi de l’ensemble (vous allez me dire : c’était pas difficile). Celui-ci profite d’une petite backstory qui explique pourquoi il agit comme il le fait, et bien qu’assez facile et classique je la trouve plutôt bien foutue. Et puis j’aime bien ce que le personnage représente en tant qu’ancien chef des Laughing Coffin.

Mais revenons à cette fameuse guerre, finalement inéluctable. J’apprécie beaucoup son début parce qu’on profite de beaux affrontements entre les Chevaliers et les généraux du Dark Territory. Chacun a sa particularité, sa façon de combattre ce qui donne des combats à la fois variés mais aussi prenants car chaque combattant est puissant. L’idée d’avoir des armes pouvant libérer deux pouvoirs particuliers liés à l’histoire de l’arme est aussi une bien belle idée qui permet d’avoir des moments épiques en plus de leur donner une certaine « personnalité ».

Kanno nailed it again

Il y a aussi des moments dramatiques, des personnages qui meurent des deux côtés, et je trouve ces passages globalement réussis. Encore une fois, ça aide d’avoir le point de vue du personnage pour s’y attacher, même brièvement.

Par contre je suis un peu moins convaincu par la suite de cette guerre. L’arrivée des joueurs Américains, Coréens et Chinois n’est pas une mauvaise idée, mais le problème c’est que l’adversaire devient alors une masse informe de personnages qui sont justes des combattants, les combats ne sont donc plus intéressants. En plus on va toujours plus loin dans l’épuisement et le désespoir des personnages, tant et si bien qu’au bout de la 3ème ou 4ème fois où Asuna se relève en mode « je suis au bout mais je dois continuer », j’avais un peu du mal à être touché par ses sentiments. L’arrivée des joueurs Japonais, en particulier des Déesses, est par contre très chouette, mais … encore une scène de tentative de viol. Quel enfer. Vraiment ces scènes me débectent parce que je sais que bien qu’étant un élément très mineur, tout le monde va pointer ça du doigt, et c’est l’image que va renvoyer l’oeuvre pour ceux qui ne la suivent pas. Par pitié ne réduisez pas SAO à ça, c’est une oeuvre (et un arc) qui a beaucoup plus à offrir, et Kawahara lui-même ayant affirmé regretter ces scènes, on ne devrait plus avoir à y faire face. Je croise les doigts.

Je ne m’attendais pas à ce que le problème des tensions entre pays d’Asie de l’Est soit traitée frontalement dans cette partie, et j’ai été agréablement surpris de constater que cela était traité avec beaucoup de bienveillance de la part de Kawahara en évitant un nationalisme de mauvais goût. Prendre le point de vue d’un joueur coréen est une bonne idée pour aller dans ce sens. Le problème est certes traité de façon un peu superficielle, mais je trouve que c’est tout de même un bon point.

Toute la seconde partie du dernier tome est également très plaisante. J’appréciais déjà bien les passages dans la vraie vie avec Higa et Rinko notamment, et ici ces personnages ont encore plus l’occasion de briller. Le réveil de Kirito est aussi ce que je considère comme la meilleure scène de l’arc. On vit les regrets de ce dernier, au travers de scènes de sa vie qui l’ont traumatisé. C’est un très joli passage qui nous fait parfois revivre des moments marquants de l’oeuvre (la mort de Sachi, …) et qui humanise beaucoup Kirito. Je sais qu’on rigole beaucoup de lui en mode « c’est un Gary Stu », « c’est Jesus », « c’est un self-insert avec un harem », mais j’ai toujours trouvé que c’était un personnage beaucoup plus humain que cela, et cette scène ne fait que le confirmer à nouveau.

Gabriel devient une caricature de lui-même, mais au moins il nous donne de bons affrontements contre Bercouli puis Sinon et enfin Kirito. Je trouve d’ailleurs leur affrontement particulièrement intéressant dans la manière dont il est écrit, en effet on passe rapidement du point de vue de l’un au point de vue de l’autre dans ce qui devient presque un duel psychologique entre les 2 personnages. Et puis la forme finale de Gabriel, bien que n’ayant pas beaucoup de sens est, il faut le dire, très stylée. Le combat se termine un peu en mode pouvoir de l’amitié, mais je trouve que c’est une belle scène qui permet de revoir une dernière fois tous les personnages que l’on a côtoyé dans cette aventure.

C’est d’ailleurs quelque chose qui m’a rendu un peu triste à la fin, car l’épée de Damoclès que représente l’énorme accélération temporelle crée un sentiment d’urgence et nous ferait presque oublier que ce sont des adieux à l’Underworld et ses personnages. En effet une fois ces presque 200 ans passés, tout ceux que l’on a rencontré seront morts et leurs descendants avec eux. Fanatio, Renri, Tizée, Lonie, Scheta et tous les autres : je ne vous oublie pas.

Un autre élément qui m’a beaucoup plus dans ce final, c’est le « retour » de Kayaba. Alors qu’il était l’un des personnages les plus intéressants de SAO, Kayaba est trop rapidement mis de côté (en même temps il est mort) et très sous-exploité. D’ailleurs il se dit que Kawahara se projette en Kirito mais pour être honnête, si je me fie aux postfaces, je suis persuadé qu’il se projette plus dans Kayaba.

L’épilogue est quant à elle très intéressante, et met en place quelques éléments à venir prometteurs : le retour de Kayaba (comme je l’ai évoqué à l’instant), la copie de Kirito ayant vécu 200 ans, la révélation de l’existence des IA accomplies au grand public et le futur Underworld ayant de façon improbable une dimension spatiale.

Après l’effort, le réconfort ?

Quelle aventure cela fut ! Alicization est véritablement un aboutissement de la licence, et on comprend pourquoi il était le final du WN. Toutes les références aux événements passés, en particulier de l’Aincrad, ainsi que les messages sur notre rapport à l’IA, aux mondes virtuels et aux souvenirs lui donne cette dimension d’arc final, bien qu’une suite soit actuellement en cours de parution (ce qui n’est pas un mal !).

Cependant, j’ai aussi quelques regrets le concernant. Il y a les antagonistes outre Quinella comme je l’ai précédemment évoqué. Je suis aussi un peu triste que Yui n’ait pas été plus exploitée dans cet arc, en effet même si c’est un personnage que je n’arrive pas à détester, elle est quand même un peu naze à être la « fille » de Kirito et Asuna et sert essentiellement de Deux ex Machina. Pour un arc qui parle d’IA, ça aurait été l’occasion de la développer, d’en faire un personnage un peu plus intéressant, mais ce n’est malheureusement pas le cas si ce n’est une mention au détour d’une phrase. C’est dommage. Il y a aussi un côté un peu Harem autour de Kirito avec les personnages féminin qui n’est pas vraiment souhaitable, et des scènes d’agression sexuelle qui sont nulles.

Alice qui se rend compte du nombre de filles qui aiment Kirito

Un élément que j’ai assez peu évoqué est l’Incarnation, qui est pourtant au cœur de cet arc et même de l’oeuvre toute entière. C’est ce pouvoir qui permet par la force de sa volonté et par l’auto-persuasion d’avoir une influence sur le système, c’est à dire gagner en force ou avoir un effet particulier. Je suis un peu partagé vis à vis de ce concept parce que s’il est logique et justifié au sein de l’univers (étant donné que l’Underworld fonctionne grâce aux âmes auxquelles il est connecté), il reste essentiellement un moyen de donner un avantage à certains personnages au moment opportun qu’on pourrait qualifier de facilité scénaristique. Cela dit c’est un élément qui est présent depuis le début de l’histoire (je pense en particulier à la fin de l’arc Aincrad) et qui n’est pas utilisé de manière trop abusive à mon sens, sauf peut être pour Gabriel, ce n’est donc pas quelque chose que je reprocherais réellement à l’oeuvre.

Je vais me permettre de faire un point sur l’anime. S’il est assez correct, l’anime souffre d’un certain nombre de défauts. Outre ce qui est rush ou simplement retiré, on perd surtout les passages introspectifs des personnages et leurs pensées, ce qui malheureusement les déshumanise pas mal. En plus l’une des qualités de l’arc qui est la pluralité des points de vue ressort mal en anime étant donné que depuis la première saison on est déjà « à l’extérieur » des personnages. L’animation est pour sa part très inégale, Yoshihiro Kanno sauve le tout avec des cuts qui déchirent mais à d’autres moments ça derp sévère. Et puis bon merci pas merci A1 d’avoir amplifié les scènes de tentatives de viol, c’est sûr qu’il fallait garder ça plutôt que Zakkaria. Cela dit musicalement c’est très chouette, Yuki Kajiura sort quelques pistes vraiment prenantes, et tous les génériques sont super biens. Mention spéciale pour Adamas qui non content d’être le meilleur générique de la série est aussi l’un des meilleurs génériques d’animes tout court. En bref, l’anime est pas trop mal mais ne rend pas vraiment honneur au LN.

Et comment faire un article sur SAO sans évoquer SAO FullDive ! Je suis certainement biaisé mais en rejoignant cette communauté j’ai pu apprécier encore un peu plus l’oeuvre, et ils font un travail formidable pour partager l’actualité de la franchise et donner des explications supplémentaires. N’hésitez pas à aller jeter un œil à leur travail !

Alicization est un arc qui est loin d’être parfait, mais je reste néanmoins très satisfait de cette lecture. SAO est une oeuvre importante pour moi, tant elle m’a accompagnée depuis mes débuts de fan de culture pop japonaise, et je suis très content de voir qu’elle va dans le bon sens toujours en s’améliorant. C’est une page qui se tourne, et j’ai hâte de découvrir la suite !

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