Pourquoi Madoka Magica est un anime marquant ?

Diffusé il y a presque 10 ans maintenant, Puella Magi Madoka Magica jouit encore aujourd’hui d’une grande popularité et d’une excellente réputation. Considéré comme une révolution du genre Magical Girl par certains, cette histoire bien plus sombre qu’on ne pourrait le croire au premier abord a tellement marqué son public que n’importe quel anime reprenant une formule similaire est considéré comme l’un de ses successeurs. Toutefois d’autres voix s’élèvent pour affirmer que Madoka n’a rien inventé, et que sa formule n’est pas du tout révolutionnaire. C’est dans cette perspective que je me suis demandé : dans quelle mesure Madoka Magica a-t-il eu une influence sur l’animation ?

Autant le dire tout de suite : non Madoka n’est pas le premier à avoir incorporé des éléments sombres et sérieux à une histoire de Magical Girl. On pouvait déjà retrouver ce genre d’éléments dans Magical Girl Lyrical Nanoha A’s ou Mai Hime par exemple, voire dans certains épisodes isolés d’animes plus anciens comme Sailor Moon. Gen Urobuchi (scénariste de Madoka Magica) a d’ailleurs déclaré avoir été notamment influencé par Nanoha, réalisé en 2004 par Akiyuki Shinbo, lui-même réalisateur… sur Madoka. Comme quoi, tout se rassemble.

Magical Girl Lyrical Nanoha serait-il un précurseur de Madoka Magica ?

Cependant, là où Madoka va se distinguer de ses prédécesseurs, c’est en premier lieu par la façon qu’il a eu de cacher sa vraie nature. Chara-design coloré, opening tout mignon, affiche gentillette : tout est fait pour faire croire à une histoire banale et joyeuse, afin de mieux bousculer le spectateur lors de l’épisode 3 et avec ce qui suit. Mais aussi et surtout parce que Madoka va pousser ces éléments sombres plus loin que chacun de ses prédécesseurs ne l’avait fait.

Ce n’est pas une simple histoire de Magical Girl qui incorpore des éléments sombres, c’est une histoire psychologique qui incorpore des éléments de Magical Girl très visibles, je pense que là est toute la différence. La comparaison avec Evangelion semble alors pertinente, car de la même façon ce dernier est moins une histoire de « gros robots combattants des monstres » que celle d’adolescents en perte de repères faisant face à leur mal-être.

On se souvient surtout de Madoka comme étant l’anime de Magical Girl sombre, mais c’est à mon sens ne pas lui rendre justice, parce que Madoka c’est avant tout une incroyable histoire de passage à l’âge adulte bénéficiant d’une production d’extrême qualité. C’est un anime avec une incroyable OST par Yuki Kajiura, avec une esthétique unique et créative, une grosse performance de doublage (Aoi Yuuki, Chiwa Saito, Eri Kitamura, …) qui donne vie à un cast de personnages marquants, et une qualité d’histoire et de mise en scène qui encore aujourd’hui n’a de cesse de m’impressionner.

Je pense que certaines critiques se fourvoient : ce n’est évidemment pas pour son côté sombre en lui-même que Madoka est apprécié et reconnu.

Les labyrinthes de sorcières, élément visuel très marquant de Madoka, sont l’oeuvre du duo Gekidan Inu Curry.

La première influence qu’a eu Madoka que l’on peut constater, la plus évidente, est celle des œuvres ayant tenté une approche similaire en racontant une histoire de Magical Girls sombre : Magical Girl Site, Magical Girl Raising Project, Yuuki Yuuna is a Hero… Cependant on peut remarquer deux choses amusantes : la première, c’est que la majorité de ces œuvres ne sont pas des animes à l’origine, mais des mangas ou des light novels.

La seconde c’est qu’on constate qu’il n’y en a pas tant que ça. Alors certes, il n’y a pas des dizaines d’œuvres de Magical Girl produites chaque année, mais je trouve ça amusant de remarquer que celles que l’on donne comme de directes descendantes de Madoka se comptent sur les doigts d’une main. Le problème majeur de mon point de vue dans ces animes que l’on appelle bien vite « le nouveau Madoka » ou « l’anime comme Madoka », c’est que souvent elles ne copient que la forme en perdant le fond, et après ce que j’ai dit plus haut vous comprenez que cette démarche est très artificielle car on perd ce qui faisait Madoka. C’est un peu le syndrome des films d’horreurs qui fonctionnent : on fait des suites à foison qui se complaisent dans l’hyper violence sans chercher véritablement à comprendre pourquoi l’oeuvre originale fonctionnait.

Cela dit si je devais vous en recommander un seul parmi ceux-là, ce serait la série Yuuki Yuuna is a Hero et ses dérivées. Je pense que c’est l’oeuvre utilisant le mieux l’héritage de Madoka tout en créant son propre univers, et elle bénéficie d’une saison 2 d’excellente qualité, comportant l’un des épisodes les plus marquants que j’ai pu voir.

Quand tu te rends compte qu’il ne suffit pas de faire comme Madoka pour être Madoka.

Toutefois je ne pense pas que l’influence de Madoka s’arrête là, mais avant de continuer je dois vous inviter à rester critique, si ce n’était pas déjà le cas, sur ce que je dis. Tout ceci n’est qu’une analyse personnelle de ma part, et n’étant pas en mesure d’interroger les producteurs et les créateurs, il est bien possible que je fasse de fausses interprétations. D’autant plus que je vais maintenant évoquer des choses qui me semblent beaucoup moins évidentes que ce dont j’ai pu parler jusqu’ici.

Je disais donc que l’influence de Madoka dépasse celle du Magical Girl avec des éléments sombres : de mon point de vue, Madoka a eu un impact global sur le genre lui-même en lui donnant implicitement une liberté plus importante qu’il n’en a jamais eu. En effet par son succès critique et populaire, Madoka a montré qu’il était possible non seulement de faire une oeuvre de Magical Girl à destination d’un public adulte, mais aussi qu’il était possible de faire quelque chose de différent avec des Magical Girls. Je pense que grâce à cela le genre s’est ouvert des tas de possibilités, et on constate justement une sorte de nouvelle vague ces dernières années : Vivid Strike et ses combats type MMA, Flip Flappers et ses univers créatifs, voire Symphogear et ses personnages qui se battent en chantant, … Ce ne sont pas des œuvres pour lesquelles l’influence est directe mais qui peut être n’auraient pas vu le jour s’il n’avait pas « ouvert la voie » en quelque sorte.

Madoka a changé l’image que l’on pouvait se faire du Magical Girl et l’a ouvert à un plus large public sans causer de tort au genre, puisqu’il n’a pas empêché des œuvres plus « classiques » dans leur formule d’exister (on peut citer les séries Precure qui continuent d’être diffusées chaque année). On pourrait même y voir une influence allant un peu au delà, au travers d’œuvres comme Wixoss qui de façon similaire déforme les codes de son genre pour raconter une histoire plus sérieuse.

L’influence de Madoka, sur les œuvres de tout format et sur le public, est donc loin d’être négligeable. C’est peut être l’anime de Magical Girl ayant fait le plus de bien à son genre en lui donnant un nouveau souffle, et au-delà de ce qu’on pourrait en penser au premier abord, ce n’est pas son aspect sombre qui en fait une oeuvre réussie.
Le genre, les créateurs, les spectateurs, Madoka les a tous marqués, et il ne fait nulle doute que son héritage n’est pas prêt d’être oublié.

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