Les idées reçues sur le marché de l’animation et du manga : le streaming

Alors que la saison 3 de l’Attaque des Titans débutait il y a tout juste une semaine, on ne peut pas dire que les premières réactions furent très chaleureuses envers Wakanim, la plateforme de simulcast qui en propose la diffusion. En cause : le changement de son modèle économique entre la saison 2 et cette saison 3. Si les fans avaient auparavant la possibilité de voir un épisode gratuitement dès sa sortie, et ce pendant une semaine, il faut désormais être abonné pour pouvoir regarder un épisode dès sa sortie (une heure après le Japon) ou alors attendre une semaine afin de regarder son épisode gratuitement. Sur Twitter, beaucoup ont donc fait savoir leur mécontentement en découvrant ce nouveau système, par des réactions montrant une profonde méconnaissance du marché de l’animation. Afin de mettre un peu d’ordre dans tout ça, voilà un petit article destiné à casser les a priori et idées reçues sur le monde de l’animation.

En bref : Les seuls sites de streaming légaux sont Wakanim, Crunchyroll, ADN, Amazon Prime et Netflix.

Il y a encore quelques années, on pouvait aussi compter Daisuki et Viewster parmi ces plateformes, mais plus aucune des deux ne propose de simulcast pour le marché francophone. À cette liste, on pourrait rajouter Docomo qui a fait une brève apparition sur le marché français, ou encore Nico Nico Video, le « YouTube japonais » qui proposait les simulcasts de Fate/Zero et Sailor Moon Crystal à l’époque de leur diffusion. Donc, si vous regardez un animé sur un autre site qu’une de ces plate-formes, le site concerné n’a probablement pas les droits de diffusion et ne participe pas à financer l’animation japonaise.

 

En bref : Le modèle financier des sites de streaming illégaux repose sur les publicités intrusives.

Si vous possédez un bloqueur de pub ou un bon antivirus, vous les verrez souvent s’affoler dès que vous mettez le pied sur un de ces sites illégaux. Et pour cause, si ceux-ci proposent tant de séries au même endroit, ce n’est pas par charité, mais pour attirer le plus de visiteurs possible et engranger un maximum de revenus grâce à la publicité. Beaucoup n’hésitent d’ailleurs pas à empêcher l’utilisation des bloqueurs de pubs, vous forçant à voir des publicités souvent d’un très mauvais goût, voire pouvant servir de porte d’accès pour tout un tas de virus. Regarder un animé sur ce genre de site alors que vous avez la possibilité de le voir légalement ailleurs, c’est non seulement leur permettre de s’enrichir sur votre dos, mais c’est aussi cracher au visage de tous ceux qui ont contribué à créer ces animés que vous appréciez tant.

 

En bref : Un site de streaming légal paiera des droits pour acquérir une licence, il ne peut donc pas se permettre de diffuser les épisodes gratuitement.

Si vous discutez avec les personnes travaillant pour les sites de simulcast (traducteurs, communicants ou même responsables), vous vous rendrez rapidement compte que ce sont aussi des passionnés d’animation japonaise, certains ayant même fait partie de teams de fansub. Mais il va de soi qu’elles ne peuvent pas vivre que d’amour et d’eau fraiche, d’autant plus si elles paient déjà des frais aux ayants-droits japonais ne serait-ce que pour proposer une série de manière légale. Ces éditeurs sont donc loin de « s’en mettre plein les fouilles », puisque les revenus générés par les abonnements servent à financer les infrastructures du site, les serveurs, mais aussi rémunérer les traducteurs et adaptateurs. Les nombreux sites de streaming illégaux n’ont pas ces contraintes, ce qui leur « permet » de proposer des séries gratuitement, mais en conséquence, ils ne vont pas non plus financer les auteurs à l’origine des séries qu’ils proposent.

 

En bref : Voir un animé légalement n’est pas nécessairement payant.

On dénombre des centaines de séries disponibles gratuitement et légalement. Par ailleurs, la plateforme ADN met parfois en avant des périodes de gratuité pour ses titres phares. Wakanim et Crunchyroll quant à eux proposent aux utilisateurs gratuits de patienter une semaine pour regarder un épisode qui vient d’être diffusé. Les plus impatients peuvent alors choisir de mettre la main au porte-monnaie, tandis que ceux qui n’en ont pas les moyens peuvent malgré tout le voir après avoir un peu attendu. Les éditeurs font ce qu’ils peuvent pour négocier des contrats qui puissent satisfaire un maximum de monde et un modèle comme celui-ci permet de financer les licences d’animés grâce aux abonnements payants, mais aussi grâce aux publicités pour les utilisateurs gratuits. Dites-vous donc qu’en allant sur un site illégal, non seulement vous cédez totalement à vos envies, mais en plus, vous profitez d’un animé sans rémunérer ne serait-ce qu’un peu les personnes qui l’ont créé.

 

En bref : Produire un animé coûte cher et cela se ressent sur son prix.

Il est difficile de mettre un prix sur une offre dématérialisée, et encore plus de tirer des comparaisons entre les marchés français et japonais. Si l’on s’attarde sur le prix moyen d’un coffret blu-ray pour une série de 22 épisodes au Japon, on peut rapidement dépasser plusieurs centaines d’euros. Même sur le marché français, il n’est pas rare de devoir payer entre 50 et 100€ pour un coffret similaire. Sachant qu’une série dématérialisée n’aura pas de coûts liés au prix du blu-ray ou bien de son packaging, devoir payer tout juste 20€ semble raisonnable.

 

En bref : Tout comme en France, il faut aussi payer une redevance télé au Japon.

Bien que la majorité des séries animées tirent en réalité leurs revenus des ventes de blu-ray, DVDs et goodies, la redevance audiovisuelle dont s’acquittent les japonais permet de financer les chaînes de télé et leurs émissions, et il en va de même pour les chaines payantes. Comme n’importe quel autre programme, les animés sont évidemment entrecoupés de pubs, mais ils sont aussi soutenus dès leur création par les investissements de plusieurs sponsors. On retrouve naturellement ce système pour le simulcast qui cherche à coller au modèle japonais, les sponsors étant remplacés par des abonnements payants et les publicités toujours présentes pour les utilisateurs gratuits.

 

En bref : Diffusés à l’étranger, les animés représentent une part de bénéfices importante pour les studios japonais.

Ces dernières années, le marché de l’animation japonaise n’a eu de cesse de se développer et ses bénéfices en ont fait de même. La part issue de l’étranger est notamment celle qui a le plus augmenté. En 2016 par exemple, elle représentait entre 1/4 et 1/5 des revenus totaux du marché de l’animation japonaise ! Et l’Europe y contribue pour beaucoup, puisqu’elle compte pour 25% des contrats de licence. Les bénéfices tirés du simulcast ne représentent encore pas la source de revenus principale pour le marché de l’animation japonaise, mais l’exportation de plus en plus grande va rendre ce facteur de plus en plus déterminant dans la production des titres futurs.

 

Pour finir, j’aimerais terminer sur un point essentiel : En bref : Un studio d’animation ne profite que peu des revenus d’une série.

Pour la majorité d’entre eux, les studios d’animation ne sont que de simples contractants. Lorsqu’ils décrochent un contrat pour la création d’une série animée, on leur demandera de rendre un travail sans qu’ils aient besoin d’investir financièrement dans celui-ci. Ils ne peuvent de toute façon pas se le permettre faute de moyens, ce sont donc des sponsors comme des labels de musique, des chaînes de télé ou même des banques qui vont mettre de l’argent dans le projet. En conséquence, ce sont ceux qui prennent les risques financiers qui sont rétribués lorsque l’animé rencontre le succès. Plus le studio d’animation aura investi dans le projet, plus il pourra en bénéficier en cas de succès. À cette échelle, le moindre sou est important, c’est pourquoi le marché du simulcast est aussi primordial et payer pour regarder ses animés, une nécessité…

Sources : The Association of Japanese Animations, CDJapan, Wikipédia

Avec la contribution de Jakedax.

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