Death Note by Netflix

Je vais sans doute ne pas me faire beaucoup d’amis avec ce préambule (ni avec cet article d’ailleurs) mais je n’accroche pas à Death Note. Pourquoi me direz vous ? Parce que son intrigue me laisse de marbre et ses personnages ne sont pour moi en aucun cas attachants, et sans ces deux facteurs primordiaux, il est difficile pour moi de me sentir impliqué dans un récit. Cependant, le fait que Death Note ne m’ait pas autant touché que les nombreux fans de l’œuvre me permet néanmoins de prendre du recul quant à la future adaptation du manga par Netflix.

Mais avant de commencer toute analyse / critique du projet, commençons par remettre en contexte le cas Death Note. Qu’est-ce que Death Note ?

C’est l’histoire de Light Yagami, brillant lycéen de 17 ans et fils d’un policier, découvrant un étrange carnet qui se révèle être le livre d’un dieu de la mort : Ryûk. Light apprendra vite quels terribles pouvoirs renferment ce carnet : tous ceux dont le nom est inscrit dans le Death Note sont appelés à mourir dans les 40 secondes qui suivent. Les implications sont énormes et en possession d’un tel carnet Light est potentiellement capable d’imposer sa loi à un monde qu’il estime perverti. Mais peut-on choisir qui va vivre et qui va mourir ? Certaines personnes méritent-elles de mourir par la seule volonté d’un adolescent, à la fois juge et bourreau pour une sentence irrévocable ? En agissant de la sorte, Light devient lui-même un criminel, il éveille ainsi l’attention de L, enquêteur mystérieux mandaté par Interpol…dossier_death_note_1
Death Note, c’est avant tout une histoire maitrisée qui pose de véritables questions quant à ce qu’est l’humanité. Death Note, c’est de nombreux personnages, complexes, jamais ni tout noir, ni tout blanc qui ont tous quelque chose à apporter au récit. Death Note, c’est des dessins magnifiques conjugués à un Japon actuel et réaliste dont le scénariste n’hésite pas à prendre pour base la culture dans la mythologie qu’il crée (Ryûk qui est un shinigami, Misa qui est une Idol etc…). Death Note, c’est plus de 20 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, c’est 13 tomes, 3 films, un drama et un anime à l’opening désormais culte dans le monde de l’animation japonaise. Bref, Death Note, c’est un phénomène important dans la pop culture du Japon et qui aura touché la France de manière presque aussi saisissante.

À une époque où les États-Unis cherche de plus en plus à s’emparer des phénomènes venant du Japon (le récent Ghost in the Shell ne nous dira pas le contraire), il y a de prime abord de quoi s’inquiéter. On se souviens tous en effet du désastre Dragon Ball Evolution qui est devenu l’argument persistant de tout le monde contre l’industrie Étasunienne sur les adaptations de manga. Cependant, qu’est-ce qui à causé la débâcle autour de Dragon Ball Evolution ? Son histoire incohérente au possible, ses personnages creux, ses acteurs médiocres (dans le film du moins, certains se révéleront bons dans d’autres films / séries), sa CGI désastreuse mais plus que tout : la dénaturalisation de l’univers qu’a construit DragonBall EvolutionAkira TORIYAMA dans les très nombreux tomes qui ont fait de Dragon Ball un classique aujourd’hui. Objectivement, il est difficile de construire un film autour de Dragon Ball, avec son univers si particulier et trop adapté à son support d’origine.

Pourtant, Death Note est-il si différent de Dragon Ball ? Est-il plus adaptable que lui ? Oui. Le Japon ne s’en est d’ailleurs pas privé avec ses nombreuses adaptations en anime, films et drama. Prenant part dans un contexte moderne et réaliste (le nôtre), il est tout de suite plus simple de transposer l’œuvre de Takeshi OBATA et de Tsugumi OHBA sur écran. Il n’est donc pas étonnant que les États-Unis aient voulu s’approprier ce manga culte pour en faire une adaptation. Cependant, bien qu’adaptable, le format de Death Note met en vigueur le choix complexe quant au chemin à prendre : mieux vaut-il en faire un film ou une série ? Les deux médias ayant chacun leurs points positifs et négatifs, le résultat quant au fait d’en faire un film ou une série sera bien évidemment drastiquement différent. Si le rythme du manga semblait plus s’affilier avec celui d’une série, les personnages partageant de nombreuses réflexions et dotés de nombreux dialogues, ce sera pourtant le prisme filmique que Netflix décidera de prendre. Choix surprenant, Death Note n’étant clairement pas un manga d’action et où les choses «trainent en longueur». En faire un film signifie donc repenser le rythme même du manga, mais est-ce finalement tant un mal que ça ? Tant que l’histoire et le reste du film reste maitrisé, peu importe qu’il dure 1h30 ou 13h réparti sur un nombre fixe d’épisodes.

On arrive donc au point d’orgue de toutes les adaptations, et de la polémique autour du film : Doit-on rester fidèle mot pour mot et trait pour trait à l’œuvre originale ou s’en éloigner pour proposer quelque chose de différent mais de tout aussi pertinent ?

Toute l’idée de ce Death Note est de transposer les événements du manga au États-Unis. On passe donc de Tokyo à Seattle (Pas New York pour une fois, ça a le mérite d’être souligné) et tout le castingNetflix Death Note a été «américanisé». Si le principe même du changement de pays peut être, pour beaucoup, un affront envers l’œuvre d’origine, il ne faut pas oublier que ce changement est volontaire. Si Netflix avait voulu faire, lui aussi, un Death Note «asiatique», il l’aurait fait : il ne faut pas oublier que le service américain a déjà fait des collaborations avec le Japon sur divers émissions et drama dans le passé. Il s’agit ici d’un choix artistique et scénaristique voulu dont on ne pourra découvrir la raison que dans le film une fois sorti. Rappelons également une fois encore que le concept de Death Note peut-être universel. En effet, c’est l’être humain qui est traité dans le manga, sous ses meilleurs et ses pires formes, peu importe donc que l’histoire se passe au Japon, aux États-Unis, en Russie ou en France. De plus cette transposition de situation permettra peut-être de poser différentes questions relatives au pays : port d’arme, peine de mort etc…

Néanmoins, qui dit transposition de l’histoire aux États-Unis, dit acteurs américain. Ceci reste évident, la majorité de la population américaine n’ayant pas de trait asiatique tout reste jusque-là cohérent. Les têtes d’affiches sont Nath WOLF dans le rôle de Light, Keith STANFIELD dans le rôle de L, Margaret QUALLEY dans celui de Misa (renommée Mina pour l’occasion) et Willem DAFOE qui incarnera Ryûk.

Death Note CastConcernant Willem DAFOE, il correspond tellement au personnage qu’à l’annonce de celui-ci pour incarner Ryûk j’ai trouvé cela évident, ne serait-ce que par son visage ou pour ses prestations similaires dans d’autres films (le bouffon vert de Spiderman). Cependant, beaucoup critiquent le reste du casting et il faut avouer qu’il y a de quoi être sceptique. Ce qui a énormément fait débattre c’est le choix d’acteur pour L, à cause de sa couleur de peau. Mais est-ce si préjudiciable ? Dans un pays où plus de 12% de la population se révèle être afro-américaine, cela est-il si surprenant d’avoir un acteur noir dans un film made in USA ? Certes, la surprise de voir un acteur si différent du design de base du personnage peut être grande, mais s’acharner dessus n’est-il pas exagéré ? Avant d’être asiatique, qu’est-ce qu’est L ? Un homme, mais surtout un Homme. Alors dans une logique de transposer l’histoire aux États-Unis, il est tout aussi logique que les personnages s’adaptent aux différentes ethnies du pays. La seule chose qu’on peut juger de l’acteur est alors ses performances que l’on ne pourra déterminer que dans le film une fois diffusé. Le deuxième problème tourne autour de Nath WOLF : loin d’être un mauvais acteur, il manque cruellement de charisme pour jouer Light. Reste à le voir en action dans le film, mais il a l’air d’être bien éloigné du personnage dominant et prétentieux du manga et ce n’est pas le teaser diffusé il y a de ça quelque temps qui nous fera dire le contraire..

Diffusé le 22 mars 2017, ce teaser aura créé de nombreux débats et aura d’autant plus alimenté la haine palpable et les réticences des fans et des spectateurs vis à vis du futur film.

Death Note teaser

Bien que d’une durée de 50 secondes, il y a de nombreuses choses à noter sur ce teaser, qui nous donne un léger aperçu du futur film.

Déjà, le ton du film semble s’orienter pas mal vers un teen movie. Alors oui, ça fait peur quand on voit la diversité des sujets de base traité dans le manga et ce que sont la plupart des teen movie actuels. Cependant, cela ne signifie pas forcément que le film sera mauvais. Tous les teens movies / drama sont loin d’être mauvais et peuvent traiter de sujets sérieux et matures avec justesse et Netflix nous l’a démontré récemment avec l’excellent 13 Reasons Why.

Netflix Death Note 2De plus, le teaser nous montre ici un Light et un L qui semblent assez différents de leurs personnages originels. Light semble être représenté ici comme le loser typique des teen movie américain. C’est du moins ce que font ressentir les premières images du teaser. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose mais ça semble partir d’un cliché des films du genre. L semble lui s’activer déjà plus que dans le manga ce qui n’est pas forcément un mal, apportant ici peut être un traitement différent du personnage qui peut être intéressant. Misa quant à elle semble être devenu une banale Cheerleader typique des films d’adolescent, ce qui est dommageable quand on voit qu’il n’y a pas de réel alter ego américain d’idol japonaise. La seule chose que je trouve de réellement choquant dans le teaser, et qui ne semble avoir surpris personne au vu des différentes réactions que j’ai pu voir ou lire, c’est l’effondrement de cette grande roue en fin de teaser. C’est forcément une cause liée au Death Note mais j’avoue que tuer quelqu’un en faisant effondrer une grande roue c’est assez peu subtil bien que la scène a l’air spectaculaire. Néanmoins cela reste une supposition, à voir ce qui se passe réellement dans le film une fois sorti.

Finalement, que retenir de tout ceci ? D’abord de ne pas critiquer un film qui n’est pas encore sorti. Peut-être sera t-il excellent, peut-être sera t-il mauvais, ou bien médiocre mais le résultat final ne sera visible que le 25 août prochain. De plus, il faut différencier le projet et le film en lui-même. On peut être contre le projet d’adaptation américain mais s’acharner sur un film qui n’est pas encore sorti relève de la gratuité et de la mauvaise foi. Enfin, même si le projet n’est pas forcément des plus alléchants, même si le film est mauvais, finalement peu importe, non ? Quoi qu’il arrive, l’œuvre d’origine, le Death Note de Takeshi OBATA et de Tsugumi OHBA existera toujours. Une adaptation c’est le point de vue d’un scénariste, d’un réalisateur, d’un producteur. C’est la vision qu’il a de l’œuvre de base et qu’il souhaite partager avec les autres. Alors, il ne reste plus qu’à être patient et attendre le 25 août pour voir le résultat final.

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Un commentaire

  1. J’ai beaucoup aimé Death Note à l’époque, même si ça tient sans doute au fait que ce soit une des toutes premières séries animées que j’ai vues. Avec cette transformation au format cinéma, j’ai un peu peur que la durée condensée d’un film ne force à sauter ou rusher de gros pans du scénario, d’autant que j’ai toujours eu du mal avec les adaptations de manga en films, qu’ils soient américains ou japonais.
    Mais ce film pourrait amener des idées intéressantes et creuser le concept du Death Note. Par exemple, j’aimerais bien revoir des choses comme cette gomme qui n’apparaissait que dans le oneshot précédant la série, et qui permettait aussi d’effacer les noms dans le Death Note, donc de ramener les gens à la vie.
    En tout cas, je trouve très pertinente l’idée d’américaniser le contexte de l’histoire, car redire exactement la même chose que dans le manga mais façon Hollywood, ça n’aurait aucun intérêt. Déjà rien que dans l’esthétique du film, l’apparition de L dans le couloir de néons rouges, j’ai trouvé ça très marquant. Et je voyais clairement pas de meilleur choix de casting que Dafoe pour interpréter Ryuk.
    Bref, j’ai quelques craintes, mais je pars assez confiant ^^

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